1.- LOCALISATION
La zone d’intervention du projet est localisée en plein cœur de l’Océan Indien, sur l’île de Sainte Marie. Connue localement sous le nom de Nosy Boraha, cette île se situe sur la côte Est de Madagascar, et couvre une superficie de 222km2. Sa population était estimée en 2001 à 16.325 habitants. Le Canal de Ste Marie, entre la côte Ouest de l’île et la côte Est de Madagascar, ne dépasse pas en profondeur plus de 60 m.
2.- METHODOLOGIE
Les différentes méthodes d’observations des cétacés ont toutes un intérêt particulier en fonction des objectifs du projet BaoBaB. Elles sont complémentaires et leur déploiement simultané permettra la mise en perspective des données les unes avec les autres pour une meilleure interprétation des résultats.
Photo identification
Des photos seront prises à partir des embarcations d’observation selon le protocole de photo identification qui permet d’identifier chaque individu grâce aux marques naturelles portées sur la face ventrale de la nageoire caudale et le côté gauche de la dorsale. Les données collectées sont la position GPS, les conditions météorologiques, les date et heure d’observation, le type de groupe, etc. La photo identification permettra d’estimer des paramètres démographiques (survie, taux de reproduction,…) et d’obtenir des informations sur les déplacements. Nous nous appuierons sur les catalogues déjà existants mis à notre disposition par l’association CétaMada et également via le réseau mis en place par la COI pour effectuer des comparaisons. Les abondances seront estimées au moyen de techniques de capture/marquage/recapture.
Etudes génétiques (biopsies)
Lors de l’observation des baleines, des prélèvements de tissu ou biopsies seront réalisées à l’aide d’un fusil hypodermique muni d’un embout spécial. Le bateau se porte à la hauteur de l’animal et le tir est effectué lorsque l’animal fait surface. Les embouts de prélèvement est un échantillon de peau et lard d’environ 1 cm3. Cette technique classique est employée sur toutes les espèces de cétacés. Le dérangement de l’animal est minime et n’excède pas l’instant où il reçoit l’embout de prélèvement. Les analyses génétiques en laboratoire permettront ensuite de confirmer l’espèce, de déterminer le sexe des individus, et d’identifier les individus. Le sexe des animaux échantillonnés sera identifié par recherche du gène SRY et l’espèce le sera grâce à l’ADN mitochondrial. Les niveaux de diversité génétique de l’ADNmt seront estimés et comparés lorsque plusieurs échantillons auront pu être obtenus. Enfin, l’étude de l’ADN microsatellite (séquences d’ADN hautement variables) permettra d’identifier individuellement les individus, et d’obtenir des données complémentaires de la photo identification, pouvant aussi être utilisées pour l’estimation d’abondance. Par ailleurs, pour étudier les déplacements individuels, les résultats obtenus seront comparés aux catalogues disponibles dans les régions de reproduction, en complément des catalogues de photo identification, ainsi qu’avec des échantillons pouvant être prélevés sur les zones d’alimentation. Les analyses génétiques seront réalisées en collaboration avec l’Australian Antarctic Division (www.antarctica.gov.au).
Suivi par balise Argos
Le recours à des balises Argos est une solution intéressante pour mettre en évidence les trajectoires des grandes baleines (Trudelle, 2009). Dans le projet BaoBaB, l’approche télémétrique sera utilisée en complément du travail de photo identification et de collecte d’échantillons génétiques. Douze balises Argos par an seront déployées. Les poses se feront:
1) sur des individus femelles avec baleineau en début de la saison de reproduction et de mise bas afin d’assurer le suivi des déplacements et nous renseigner sur les habitats préférentiels pendant la reproduction. Nous voulons obtenir des informations sur la vitesse de déplacement, le temps de résidence et les déplacements au sein des zones de reproduction.
Il s’agira aussi d’utiliser l’ensemble des données océanographiques disponibles le long des trajets des cétacés pour expliquer leurs déplacements et leur présence dans certains types d’habitat.
2) Nous équiperons des individus parmi les derniers individus à partir de Sainte Marie, afin d’étudier leur migration vers leurs zone d’alimentation et leurs stratégie alimentaire.
3) Nous équiperons des individus à d’autres localités de l’océan Indien, en début et en fin de saison, pour étudier d’une part les mouvements entre les sous localités du groupe C, et d’autre part comparer les schémas migratoires vers les zones d’alimentation antarctiques. Ce travail se fera en collaboration avec Nick Gales, responsable du Australian Marine Mammal Centre (www.marinemammals.gov.au/about-the-ammc/ammc-staff/nick-gales), expert reconnu dans le domaine du suivi télémétrique des grands cétacés, auprès de qui nous allons apprendre les techniques de pose de balises (première session en septembre 2010).
Enregistrements acoustiques
L’utilisation d’hydrophones permet de détecter à distance des baleines acoustiquement actives. Il est également possible d’estimer leurs positions. Ces émissions sonores ont une utilité dans la communication et la cohésion sociale des individus ou des groupes séparés par des grandes distances (Payne and Webb 1971 ; Edds–Walton, 1997 ; Clark and Ellison 2004).
En période de reproduction, les baleines à bosse mâles rentrent en compétition pour séduire les femelles et chantent. Le chant peut avoir pour fonction d’attirer une femelle ou encore les mâles peuvent s’en servir pour se mesurer les uns aux autres (Rosenbaum and Collins, 2006).
Ces chants se présentent sous forme d’unités sonores (sons bordés par 2 silences) (Payne and Webb, 1971) et présentent des distinctions géographiques et temporelles (évolution du chant au cours de la saison).
Nous souhaitons procéder de 3 façons différentes :
1) le recours à des balises individuelles équipées d’un hydrophone, telles que celles utilisées par Stimpert et al. (2007) avec lesquelles elle a montré que les baleines à bosse pouvaient émettre des clics. Pour notre part, nous souhaitons utiliser ces balises pour enregistrer les sons émis par un individu en particulier, notamment lorsqu’il est à proximité d’un ou d’autres individus. Ces enregistrements acoustiques seront couplés à des observations de surface, pour percevoir leurs interactions. Nous souhaitons également déployer ce genre de balise sur les mères et baleineaux afin de mieux comprendre leurs échanges acoustiques ; malgré l’importance de ces liens sociaux, ce travail est actuellement très peu documenté (Dunlop et al., 2007). Il est à noter que ces balises ont fait des progrès tant d’un point de vue technique que sur le système d’attache, par exemple la balise Acousonde (www.acousonde.com).
2) nous souhaitons également déployer un réseau d’hydrophones dans le canal Ste Marie pour, d’une part, consolider notre base de données relative à plusieurs chanteurs en faisant des enregistrements simultanés en différents endroits du canal; d’autre part, nous pourrons connaître le jour d’arrivée des premiers chanteurs et de départ des derniers chanteurs, nous permettant ainsi de préciser le début et la fin de la saison de reproduction.
3) D’autre part, il s’agit de localiser les chanteurs présents dans le canal. Cela permettra de mieux comprendre les interactions entre mâles et les déplacements qu’ils effectuent lors des périodes de chants.
Un réseau de 5 hydrophones sera déployé dans le canal Ste Marie. Deux solutions sont possibles :
1) soit le recours à des Aurals (www.multi-electronique.com). Il s’agit d’hydrophones autonomes qui sont mouillés sur le fond marin. Cette approche est intéressante parce qu’elle permet de s’affranchir des effets en surface (houle, vent). Elle a l’inconvénient que les données ne sont accessibles que lorsque l’on remonte le matériel.
2) soit le développement d’un prototype basé sur une plate-forme en profondeur amenant le câble pour la puissance électrique et le câble pour la transmission des données. De cette plate-forme modulaire, il serait possible de venir y brancher 5 (ou plus) hydrophones. Bien que plus onéreuse, cette 2ème solution a comme intérêt la possibilité d’envisager une localisation temps réel des chanteurs et d’observer leurs éventuels déplacements. D’autre part, d’un point de vue technique, la synchronisation des voies serait parfaite. Nous sommes actuellement en discussion avec la société CeSigma (www.cesigma.com, Toulon) qui a développé un prototype utilisé en Guadeloupe actuellement (Gandilhon et al., 2010).

